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CTM : acteur de la transition énergétique du territoire

Date de publication
11 mai 2018

En devenant conseiller exécutif de la CTM, Louis Boutrin savait qu’il aurait du travail, du travail et du travail. A son actif, pas moins de cinq missions (développement durable & énergie, croissance verte, économie bleue, transports et sports), qui s’inscrivent toutes dans une logique transversale et qui placent ce conseiller exécutif au cœur des défis majeurs pour la Martinique. Rompu aux codes de l’exercice des responsabilités, avocat, docteur en droit, auteur de plusieurs livres, connu notamment pour son engagement en faveur de l’environnement, Louis Boutrin œuvre depuis près de deux ans et demi sur ces volets économiques et environnementaux. Rencontre avec un homme de conviction.

Propos recueillis par Mathieu Rached 

Comment l’enjeu de la transition énergétique est-il abordé et perçu au sein même de la CTM ? 

Louis Boutrin : Rappelons que la nouvelle équipe installée à la CTM depuis plus de deux ans s’est donnée pour objectif de contribuer à l’optimisation de la gestion énergétique via la réalisation d’audits, la réhabilitation des bâtiments du patrimoine public, la réduction des consommations liées au transport, ou encore l’optimisation de l’éclai-rage public et la mise en place de plans climat-énergie. Partenaire de cet engagement, nous donnons l’impulsion du changement dans différents secteurs de l’économie et de la société martiniquaise et à ce titre, nous sommes tenus à une démarche d’exemplarité énergétique. Une question de cohérence et de modèle. L’audit que nous avons réalisé a identifié les bâtiments tertiaires et résidentiels comme l’un des secteurs les plus énergivores, contribuant à hauteur de 44% de la consommation d’énergie… La faute principalement à un important patrimoine bâti vieillissant : lycées, collèges, bâtiments administratifs, équipements sportifs… Notre politique de réhabilitation énergétique des bâtiments publics s’attache, dès cette année, à la rénovation énergétique des collèges de Martinique, puis ce sera au tour des lycées. Ensuite, il est essentiel de pouvoir valoriser énergétiquement le patrimoine de la CTM grâce notamment à un nouveau programme d’équipements photovoltaïques sur les bâtiments de la collectivité. L’idée étant d’enrichir le parc actuel des quinze centrales photovoltaïques et de disposer d’une source d’énergie qui servira, pour
partie à la sécurisation des établissements scolaires, et pour une autre partie, sera directement intégrée au réseau EDF.
Quant aux bâtiments neufs, tels le nouvel observatoire volcanique et sismologique, le Laboratoire Territorial d’Analyses ou le futur   lycée Schœlcher, les constructions répondent toutes au cahier des charges de la démarche Haute Qualité Environnementale (HQE) à savoir : améliorer l’aptitude de l’enveloppe à limiter les apports solaires, réduire la consommation d’énergie primaire due au refroidissement, à l’éclairage, à l’eau chaude, à la ventilation ; recourir à des énergies renouvelables (photovoltaïque et thermique) ; étudier le facteur lumière jour, et l’éclairage naturel… La réduction des consommations énergétiques est aujourd’hui un prérequis dans tous les projets et toutes les réflexions menées à la CTM, et j’en suis le garant. 

Et en dehors du rôle de bon élève de la CTM, comment ces enjeux peuvent-ils s’incarner sur tout le territoire ? 

Nous menons de front plusieurs dispositifs, programmes et évaluations dans le cadre des objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Je vous donnerai un exemple concret avec la mise en place d’un éco-quartier à Bellevue. Notre projet est d’installer des panneaux photovoltaïques sur tous les édifices publics de la CTM, lycées, cité scolaire et stade Louis-Achille afin d’alimenter, grâce au stockage, tout le quartier de Bellevue. Un autre projet, baptisé Madin’Grid, consiste à réaliser, sur le site de l’ancienne centrale de Bellefontaine, un
« démonstrateur de réseau électrique intelligent » : une expérimentation grandeur nature des scénarios qui vont guider et accompagner la transition énergétique du territoire. Ce réseau intelligent repose sur l’interconnexion des bâtiments performants du site et les infrastructures de stockage et production d’énergie renouvelable. Ce qui permettra de tester les solutions en matière d’intégration des énergies renouvelables et de maîtrise de l’énergie. Les résultats d’analyses techniques et économiques nous guideront dans les étapes suivantes pour accompagner de manière innovante et démontrée la transition énergétique en Martinique. 

Et en termes d’économie d’énergie au niveau des infrastructures existantes ? 

C’est également un de nos objectif. Ainsi le programme « bâtiments performants »
est un dispositif de la CTM qui, dans chaque commune, assure une prise en charge
administrative, technique et financière complète de rénovation énergétique de deux bâtiments municipaux. Une action éminemment concrète quand on sait que le patrimoine bâti des communes représente presque la moitié de leurs dépenses énergétiques… De même avec l’éclairage des stades. Un sujet d’apparence bénin, dont le remplacement des éclairages actuels par un système de LED génèrera 3000 MWh/an d’économie d’énergie. Soit, à elles seules, une réduction des émissions carbonées de 2 100 tonnes de CO2/an. Le changement global se dessine à la faveur d’une multitude de petites et grandes actions. Au total, dans le cadre du PTME (Programme Territorial de Maitrise de l’Énergie), c’est plus de 165 projets liés à la transition énergétique qui ont été accompagnés techniquement et financièrement, et près de 32 millions de kWh d’énergie économisés pour la seule année 2017. Un record historique !

Quid des ressources naturelles essentielles à la vie des Martiniquaises et des Martiniquais ?

L’agriculture, la pêche et l’alimentation sont également des enjeux et engagements majeurs de mon mandat de conseiller exécutif. Plusieurs programmes sont en cours. Au cœur des rencontres Matnik’Agri de la CTM, organisées en partenariat avec la Chambre d’Agriculture, l’accent est mis sur l’engagement des agriculteurs dans des pratiques et des productions agricoles durables, la valorisation des produits agricoles via la micro-transformation et les industries agro-alimentaires, de même que la valorisation des déchets agricoles comme levier de croissance. Pour le volet pêche durable, devant tous les acteurs institutionnels et professionnels, le Comité Régional des Pêches Maritimes et Élevages Marins (CRPMEM), l’IFREMER, la Direction de la mer (Ex-Affaires Maritimes), CAPNORD, la Communauté d’Agglomération de l’Espace Sud, la CACEM et des représentants des professionnels de la pêche, nous avons présenté notre programme d’investissement pour la mise en place de dispositifs de concentration de poissons (DCP) tout autour de la Martinique. Au total, la CTM a débloqué un montant total de
220 000 € avec le concours du fonds européen FEAMP. 10 DCP légers seront d’abord déployés, suivis de 6 DCP mi-lourds géo-localisables avec balise de surveillance. Ces dispositifs qui attirent et concentrent les ressources pélagiques représentent 80 % de la pêche et permettent de pérenniser la filière pêche en Martinique dans une logique de développement durable et de gestion intelligente des ressources.

Pouvez-vous nous définir quels sont les enjeux de l’économie bleue pour la Martinique ?

La mer reste chez nous un espace non exploité. La Martinique, c’est 1128 km2 de superficie terrestre et plus de 42 000 km2 d’espace maritime. Au-delà de l’aspect nourricier, la mer offre une mine de ressources et d’activités : tourisme, loisirs, énergie, développement des biotechnologies, exploitation des sous-sols marins. Cet espace maritime met aussi la Martinique au cœur des problématiques mondiales que sont la sécurité internationale, l’immigration, le changement climatique, la montée des eaux… La grande biodiversité et la richesse des écosystèmes marins en font également un « laboratoire » intéressant pour la recherche sur la connaissance et la gestion durable de la ressource ce qui nous offre donc des opportunités indéniables en termes de diversification économique.

Pour autant, cet espace d’un fort potentiel économique reste menacé tant par les activités humaines (pratiques destructrices de l’environnement, pollutions induites par les activités terrestres…) que par des phénomènes naturels (changement climatique qui menace les populations, les rivages…). La nécessité de mettre en place une politique volontariste pour le protéger ou organiser les espaces marins et côtiers s’impose, si l’on veut véritablement s’inscrire dans une diversification durable des activités liées à l’économie bleue.

D’où l’intérêt de bien coordonner les différents acteurs et leurs différentes activités ? 

En effet, la gestion des espaces portuaires, aujourd’hui fragmentée, doit intégrer une logique interportuaire pour accompagner l’essor des nombreuses activités connexes. Il s’agit de veiller à une bonne articulation des filières traditionnelles (pêche et aquaculture), avec les spécialisations émergentes (construction navale, développement énergétique, transformation halieu-tique, exploitation minière…) dans une cohabitation bien pensée. Cette dynamique devra être accompagnée par une sensibilisation à la large panoplie des métiers de la mer (protection de l’environnement, sports nautiques, énergéticien, sécurité marine…). Ces différentes problématiques ne doivent pas être abordées de manière isolée et ponctuelle, ni à travers des approches sectorielles, mais doivent au contraire faire l’objet d’une démarche prospective et concertée. Le récent décret du 2 février 2018 relatif au transfert de la délivrance des titres miniers aux Régions et Collectivités de Guyane et Martinique devrait contribuer à une maîtrise des richesses minières de nos fonds marins. Au-delà de cette indéniable avancée, l’enjeu pour la CTM est de disposer d’outils juridiques lui permettant d’accompagner à la fois la transition énergétique, la nécessaire mutation des pratiques de pêche et le développement d’une économie bleue. Autant d’opportunités pour, à la fois inclure le littoral et la ZEE (Zone Économique Exclusive) dans le
champ de compétences de la CTM, et établir des formations en rapport avec les ressources marines et sous-marines.

Quelles actions sont-elles mises en place en lien avec la protection des zones sensibles du littoral ?

Les littoraux martiniquais sont des espaces naturels importants sur le plan écologique (biodiversité) et socioéconomique (paysage, tourisme et protection contre les tempêtes et cyclones). Cependant, ils sont fortement menacés du fait de leur grande vulnérabilité. Nous nous devons donc de préserver cette « naturalité » du littoral en réduisant l’impact de l’homme sur l’érosion côtière, en adoptant une démarche préventive dans les documents de planification, en maîtrisant notamment l’urbanisation galopante de cette partie du territoire. Ces phénomènes d’érosion et de disparition du trait de côte concernent les falaises, les plages ou les cordons alluvionnaires et coralliens. Les zones sensibles ne sont pas épargnées d’où la politique volontariste de la CTM à travers le classement de la Forêt Domaniale du Littoral (FDL) en Espaces Naturels Sensibles (ENS), le repeuplement d’espaces fragilisés, l’aménagement et l’entretien de 49 sites d’accueil touristique.

Qu’en est-il des mangroves, riches par leur biodiversité mais fragiles ? 

S’agissant des zones humides de la Martinique, un inventaire a été réalisé par le Parc Naturel de Martinique, en partenariat avec la DEAL, dans le but de compléter les éléments de connaissance de ces écosystèmes et de préconiser des mesures de protection et de gestion durable de ces espaces. Satellite de la CTM, le Parc Naturel réalise également l’opération de restauration écologique et hydraulique du bassin versant de la baie de Génipa à travers notamment des actions d’entretien régulier, de reconstruction d’une forêt marécageuse d’arrière mangrove et d’une zone de refuge pour l’avifaune. 

Cette zone devra également être classée Réserve naturelle ? 

En effet, en mai 2017, la CTM a lancé la création de la Réserve naturelle territoriale de Génipa qui s’accompagnera d’une démarche d’inscription en site RAMSAR de cet espace. C’est près de 1265 hectares de mangroves d’exception en termes écologique, biologique et d’intérêt paysager qui seront ainsi protégés et valorisés. On y trouve plus de 153 espèces végétales, 93 espèces d’oiseaux dont 9 endémiques à la Caraïbe et une vie foisonnante de crustacés, d’insectes et de mollusques. Conscient des menaces qui pèsent sur ces milieux, la CTM a mis en place un plan de gestion des mangroves dont l’objectif est de sauvegarder l’espace littoral dans le respect de ce site naturel et de son équilibre écologique. La Maison de la Mangrove, inaugurée le 14 mars 2017 par Ségolène Royal, ministre de l’Environnement et Alfred Marie-Jeanne, président du Conseil exécutif de la CTM, devrait contribuer à valoriser, mais aussi à améliorer auprès du grand public la connaissance de ces zones sensibles du littoral. Notre patrimoine à tous.

Source
https://www.ewag.fr/2018/05/ctm-acteur-de-transition-energetique-territoire/
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